Critique : Les malheurs de Sophie

malheursDe Christophe Honoré avec Golshifteh Farahani, Muriel Robin et Caroline Grant

La note des Cinévores : 1étoile

Et de trois ! Après les adaptations de Jacqueline Audry en 1946 et de Jean-Claude Brialy en 1980, le roman pour enfants les Malheurs de Sophie conquiert une nouvelle fois les écrans sous la direction de Christophe Honoré. Pour l’occasion, le cinéaste décentre légèrement la temporalité de l’intrigue en lui conférant les couleurs de l’époque napoléonienne et y invite quelques éléments narratifs des Petites Filles Modèles, autre œuvre-clé de la fameuse trilogie de la Comtesse de Ségur. Dans la vie de château, rien n’a changé. La petite Sophie balade toujours sa frimousse faussement angélique le long des couloirs, évitant de croiser son acariâtre belle-mère, campée par l’étonnante Muriel Robin. Afin de tromper l’ennui et de survivre à l’absence de sa mère (Golshifteh Farahani), elle cède à toutes ses pulsions destructrices. Soit autant de transgressions qui l’amènent à massacrer quotidiennement –et sourire aux lèvres– tout ce qu’elle affectionne : de ses chères poupées jusqu’aux petits poissons rouges, qu’elle n’hésite pas à sectionner au couteau. Nous aurions adoré succomber à cette relecture filmique comme nous a faits fondre l’adorable bouille de Caroline Grant, sa jeune actrice judicieusement choisie parmi près de 800 fillettes. Hélas, malgré ses décors et ses costumes de qualité, ces Malheurs de Sophie posent un problème de grande envergure : à qui s’adressent-ils ? Ni aux enfants, qui ne trouveront aucune drôlerie à laquelle s’accrocher, ni aux adultes qui tourneront leurs pouces faute de sous-textes consistants. Ainsi va Christophe Honoré, nous embarquant à bord de  son petit navire pour une destination qui se fait attendre, une chimère dont on se languit. Sa bonne volonté ne suffit pas à apporter l’équilibre nécessaire entre nostalgie et bonheur, cruauté et tendresse. De fait, les péripéties (pas si) saugrenues de Sophie s’enchaînent sans tension ni lumière, enveloppées dans la partition musicale un brin débilitante d’Alex Beaupain. Et donnent à vivre un spectacle dont le cul est constamment coincé entre deux chaises.

Mehdi Omaïs

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