Quel film voir pour Halloween ? 20 journalistes vous répondent !

31 octobre : peut-on trouver meilleure date que celle d’Halloween pour célébrer le cinéma de genre ? Si, comme beaucoup de cinéphiles, vous avez prévu d’occuper votre soirée en admirant des zombies, des carotides sectionnées, des monstres dans des placards ou des fantômes de petites filles brunes sortant d’un téléviseur, cette compilation vous aidera sûrement à faire un choix. LesCinévores.com a en effet tapé à la porte de 20 journalistes de cinéma pour leur demander quoi voir ce soir. De Christine à La mouche en passant par Shining, il y en a pour tous les goûts, pour toutes les peurs et surtout… pour toute la nuit. Tremblez !

Stéphanie Belpêche (JDD) – Les autres

« Les Autres, le chef-d’œuvre d’Alejandro Amenabar. Très influencé par Les Innocents (1961), de Jack Clayton, classique du cinéma d’épouvante, le réalisateur espagnol installe une tension phénoménale avec une économie de moyens remarquable, et offre un de ses meilleurs rôles à Nicole Kidman, troublante en héroïne hitchcockienne. Ce huis clos familial, d’une élégance visuelle rare, prend le spectateur aux tripes par sa construction narrative, à la fois subtile et implacable. Jusqu’au rebondissement final, vertigineux. »

Olivier Benkemoun (iTélé) – Hostel

« Hostel raconte la virée de trois copains dans un pays de l’Est où les filles ont la réputation d’être plus faciles. A l’arrivée, lorsque le piège se referme sur eux, ils se retrouvent dans une vilaine bâtisse transformée en paradis de la torture pour bourreaux amateurs.  Le film, hyper réaliste, explore le pire des cauchemars : la torture gratuite. Pour l’anecdote, le chef des effets spéciaux s’est lâché sur l’hémoglobine : 570 litres de faux sang… Gore ! »

Romain Blondeau (Les Inrocks) – The Burning Moon

« Un vestige des années 90, la grande époque de la série Z teutonne. Un film cheap, gore, mais dont l’amateurisme, la saleté et l’insolence produisent un effet assez hypnotisant. Olaf Ittenbach était un mec un peu dérangé, plus talentueux qu’Andreas Schnaas mais moins cinéaste que Jorg Buttgereit dans cette période. Je crois qu’il est prof maintenant. »

Renan Cros (Trois Couleurs) – La maison du diable

« Plus qu’un film d’horreur, La Maison du Diable est un vrai film de terreur. Robert Wise a compris que la peur était contagieuse. Sur une trame très simple (un groupe de gens passe une nuit dans un manoir réputé hanté), il crée un climat d’angoisse tenace et maintient un rythme curieux, fait de temps morts et de sursauts horrifiques. Dans cette vieille maison lugubre, le moindre petit bruit, le moindre claquement de porte est décuplé. Accroché au visage des acteurs, on guette, apeuré, ce que leurs regards effarés pourraient bien apercevoir hors-champ. Plus le film avance et plus on s’enfonce dans les ténèbres d’une nuit peuplée de cris et de fantômes, qui se terminera au point du jour dans un final terrifiant. Bien plus qu’un film suggestif, La Maison du Diable est un grand film sur la peur. »

Isabelle Danel (Les Fiches du Cinéma) – Trouble Every Day

« Un film pas confortable, pas aimable, qui bouscule notre petit confort de spectateur, nos belles certitudes d’humains. On est à la lisière de deux mondes, entre normalité et folie, entre fantastique et réalisme, entre cauchemar et réalité, entre sommeil et veille. Le dialogue est réduit à sa plus simple expression. Le langage est ailleurs. Dans le sourire carnassier de Coré (Béatrice Dalle). Dans le regard perdu de Shane (Vincent Gallo). Dans ce mal qui les lie, qui les ronge. Pulsion de vie, pulsion de mort. Claire Denis traque l’animal en nous. Incantatoire, le film glace le sang dans nos veines, contamine nos sens. »

Antoine Leiris (France Bleu) – Christine

« Etant donné qu’un bon film d’horreur hallowweenesque se doit 1 – de faire peur (c’est un minimum !) 2 – de mettre en scène des adolescents 3 – de faire référence de manière explicite à leur sexualité et 4 – de contenir au moins une scène culte qu’on puisse se raconter autour d’un immense bol de bonbons une lampe torche à la main… Christine de John Carpenter me semble le meilleur choix. D’abord parce que Halloween est un choix trop évident, ensuite parce que ce film de 1983 est celui que je préfère dans toute l’œuvre de John Carpenter et qu’il répond aux quatre critères énoncés. Parce que vous ne resterez pas de marbre lorsque Christine (une Plymouth Fury rouge sang) vous braquera ses phares droit dans les yeux. Parce que vous retrouverez en Arnie l’adolescent moyen et sans histoire que vous êtes ou que vous étiez. Parce que Christine se fait défoncer le pare-chocs par une bande de voyous, qu’Arnie se sent très différent lorsqu’il pénètre dans sa voiture et que Christine déteste qu’on mette la main sous sa jupe (ça suffit pour le sexuellement explicite ?). Et puis parce que la scène d’ouverture est un chef-d’œuvre de cinéma au rythme de Bad to the bone. »

Joachim Lepastier (Les Cahiers du Cinéma) – La mouche

« Ça fait longtemps que je ne l’ai pas revu, mais pour moi, un modèle du genre reste La mouche de David Cronenberg. Pas seulement à cause de son efficacité, mais parce que derrière la peur et l’angoisse surgit l’histoire la plus romantique qui soit : comment un couple rêve (et échoue) une fusion qui défie le temps et la technologie. »

Bertrand Lesguillon (NRJ) – Shining

« Difficile de ne pas placer Shining dans une spéciale Halloween. L’adaptation du roman de Stephen King par Stanley Kubrick vous donnera des couleurs. De citrouille. Et la trouille viendra probablement de Jack (Jack Nicholson), gardien d’un hôtel fermé l’hiver qui s’apprête à passer de longs mois coupé du monde avec sa femme et son fils Danny. L’atmosphère est angoissante, fascinante. Au fil des semaines, chaque membre de la famille souffre d’hallucinations, ce qui donne quelques scènes mémorables (les plans séquences de Danny à vélo confronté à des spectres de petites filles, celle de l’affiche). Mieux qu’un film d’horreur, il explore la douce descente vers la folie engendrée par la solitude… Un film à ne pas voir seul ! »

Baptiste Liger (Lire) – Poltergeist

« Parce qu’il peut être vu simplement comme un très bon film de maison hantée, avec son lot de scènes effrayantes pour faire sursauter le spectateur. Parce que sa « légende » (les morts en série des acteurs) aux airs de malédiction glace le sang et conditionne aujourd’hui notre vision du film. Enfin, parce que Poltergeist semble possédé, comme tiraillé entre les envies d’entertainement du producteur, Steven Spielberg, et le désir du réalisateur Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse) d’en faire un film symboliquement très politique – et ça le rend d’autant plus glaçant… »

Michael Mélinard (L’Humanité) – Freaks

« Puisqu’Halloween est une gigantesque farce et que le clown est à la mode, je voudrais conseiller un film de cirque. Freaks de Tod Browning n’est pas un véritable film d’horreur, si l’on excepte la fin démoniaque et vengeresse. C’est pourtant l’un des chefs-d’œuvre du genre. Ce long métrage d’à peine plus d’une heure découvre des « bêtes de foire ». Le nain Hans n’a d’yeux que pour Cléo, la jolie trapéziste Il ne voit pas qu’elle n’en veut qu’à son argent, en dépit des mises en garde de Frieda, une naine comme lui.  Freaks ne fait pas peur. Mais il prend le contre-pied d’une imagerie qui « monstrualise » la différence. Homme tronc, femme à barbe, transgenre et nain sont de très loin les personnages les plus humains de cette communauté circassienne. Ils signent la revanche des outsiders et de la marge sur la majorité des représentants d’une norme qui laisse apparaître les plus vils sentiments d’inhumanité. »

Christophe Narbonne (Première) – Dark Water

« Un grand choc pour moi, qui ne suis pas un inconditionnel du cinéma d’horreur. Au même titre que Les Autres, c’est le type de film qui utilise un format (l’horreur) pour creuser la question de l’intime sous couvert de spectaculaire et de frissons. Les dernières scènes de Dark Water sont parmi les plus « chavirantes » qu’il m’ait été donné de voir au cinéma ces dernières années. »

Maximilien Pierrette (Allociné) – 28 semaines plus tard

« Ok, il vaut mieux commencer par le début en général. Mais les deux films de la saga fonctionnent indépendamment l’un de l’autre, donc on peut s’attaquer à cet épisode sans avoir vu l’autre. Par contre, accrochez-vous bien car ça débute sur les chapeaux de roue avec une scène d’anthologie à vous filer des frissons (expérience vécue). Même en étant parfois moins intense, le reste fonctionne très bien et 28 semaines plus tard s’impose comme une suite supérieure à son modèle, chose rare, surtout dans l’horreur. »

Alexandre Poncet (Mad Movies) – Evil Dead 2

« Difficile de trouver plus gratifiant, dans le registre horrifique, que cette suite-remake réalisée en 1987 par un Sam Raimi déchaîné. Accumulant les idées cauchemardesques les plus folles, et malmenant comme jamais sa vedette Bruce Campbell, le futur réalisateur de Spider-Man et Jusqu’en Enfer trouve ici un équilibre insensé entre rire et effroi, excitation et piques d’adrénaline. Joyeusement gore et mis en scène avec une constante virtuosité, Evil Dead 2 n’a pas pris une ride. »

Simon Riaux (Ecran Large) – Massacre à la tronçonneuse

« Quoi de mieux pour célébrer le Jour des Morts que ce classique signé Tobe Hooper ? Au son de son Buzzzz caractéristique, Leatherface y sème l’horreur et la désolation, déchirant les chairs suppliciées des innocents. Sa photographie malsaine, sa folie vertigineuse et son montage éclaté ont fait du film une légende inoubliable. Le hasard fait bien les choses, il hante les salles de cinéma à partir depuis le 29 octobre. Oserez-vous plonger dans le Texas Chainsaw Massacre ? »

Philippe Rouyer (Positif) – Shining

« Plus de trente après sa sortie, Shining reste toujours aussi impressionnant car Stanley Kubrick a réussi à y greffer ses propres obsessions sur les codes du film de genre. Dans les couloirs labyrinthiques de l’hôtel Overlook, il signe une odyssée de l’espace et du temps au cours de laquelle une famille américaine n’en finit plus d’affronter ses démons. »

Marie Sauvion (Marie France) – La série American Horror Story

« Coming out de poule mouillée : après m’en être gavée toute mon adolescence, je ne regarde plus de films d’épouvante/horreur, parce qu’ils ont fini par me faire VRAIMENT peur. Je n’ai jamais pu supporter plus de dix minutes du Projet Blair Witch. Je n’ai pas vu la fin de Paranormal Activity non plus : j’ai fini la projo les yeux fermés. Et je ne parle pas des spectres nippons à cheveux longs, qui me donnent des palpitations. En revanche, j’adore les films de zombies, allez comprendre… Bref, si je devais conseiller un bon trip d’Halloween, ce serait sans hésiter la série American Horror Story (sauf la saison 3, bof bof), qui joue brillamment avec les codes du genre sans m’empêcher de dormir la nuit. »

Emmanuelle Spadacenta (Cinemateaser) – Paperhouse

« Le Grand Prix d’Avoriaz 1989, par Bernard Rose, qui réalisera plus tard Candyman. Paperhouse, c’est un film hypnotique et triste, baignant dans une imagerie à glacer le sang, où des enfants confrontent des univers cauchemardesques et ainsi, leurs plus grandes peurs. Alors certes, on n’est pas dans l’image gore ou l’horreur la plus sanguinolente, mais plutôt dans le film d’épouvante… pour enfants. »

Alain Spira (Paris Match) – Mister Babadook

« Les films d’horreur sont trop souvent à l’image des citrouilles d’Halloween, ils sont plein de vide et se ressemblent presque tous. L’exception 2014 aura été, à mon (sixième?) sens, Mister Babadook de Jennifer Kent qui, non seulement effraie avec  une efficacité redoutable mais a, de plus, l’intelligence d’ajouter une surcouche narrative qui lui fait dépasser le cadre  d’un simple film de genre pour aborder des problématiques psychologiques plus angoissantes encore puisqu’elles touchent au deuil et à la relation mère-fils. Réalisation brillante, interprétation saisissante, scénario implacable, choix esthétiques enthousiasmants, Mister Babadook fait bien plus que peur, il émeut et fait réfléchir… »

Jérôme Vermelin (Metronews) – Midnight Meat Train

« La curiosité est un vilain défaut, dit le proverbe. Ce film (trop) méconnu l’illustre à merveille. Bradley Cooper y incarne Leon Kaufmann, un photographe qui shoote les bas-fonds de New York, en quête de « vérité », afin de s’attirer les faveurs d’une galeriste huppée. Un soir, il immortalise une belle inconnue dans le métro… et découvre le lendemain dans le journal qu’elle est portée disparue. Sur le cliché, il distingue la présence d’un homme mystérieux… Midnight Meat Train est l’adaptation d’une nouvelle de l’écrivain américain Clive Barker, par le réalisateur japonais Ryuhei Kitamura. Sa grande réussite ? Placer le spectateur dans la peau du photographe et lui faire ressentir tour à tour sa culpabilité, son excitation et bien sûr sa peur, totale, face au grand méchant, jouissif, incarné par l’ancien footballeur Vinnie Jones. Et puis quelle fin géniale… »

Caroline Vié (20 minutes) – Funny Games

« C’est un vrai film d’horreur. L’un des rares qui renvoient à des peurs d’adultes. Il est vraiment traumatisant et plus encore à chaque nouvelle vision quand on sait ce qui va arriver aux personnages. Il s’agit du dernier film à m’avoir donné des cauchemars: j’ai rêvé que les gars aux gants blancs venaient sonner chez moi. J’ai un  faible pour la version autrichienne mais celle qu’Haneke a signée aux Etats-Unis n’est pas mal non plus. Quand je l’ai félicité pour cette œuvre qui m’a marquée, Michael Haneke a éclaté de rire et m’a déclaré de sa voix chaleureuse au bel accent autrichien : Vous êtes une grande malade Caroline… »

Propos recueillis par Mehdi Omaïs