Critique : Dans la forêt

forettDe Gilles Marchand avec Jérémie Elkaïm, Timothée Vom Dorp et Théo Van de Voorde

La note des Cinévores : 2etoiles

Après Qui a tué Bambi ? (2003) et L’autre monde (2010), le cinéaste Gilles Marchand, cousin spirituel et complice artistique de Dominik Moll, embrasse une nouvelle fois le genre fantastique et ses sinuosités avec Dans la forêt. Projet casse-gueule et précieusement atypique dans le paysage cinématographique hexagonal, ce long métrage puise sa source aux confins des bois de Suède. C’est là qu’un papa, dont on ne connaîtra jamais le prénom –à l’instar de celui de La Route de Cormack McCarthy–, décide d’emmener ses deux petits garçons tout juste débarqués de France. L’homme, taiseux, insomniaque et aussi anxiogène que l’espèce d’entreprise chimique pour laquelle il travaille, joue ainsi la carte du dépaysement total en ralliant une cabane perdue au milieu d’un océan végétal. Exactement là où la nature et ses composantes, immuables, ont le dernier mot sur les hommes.

Sous les traits du mystérieux pater, Jérémie Elkaïm, également producteur, oscille entre détachement extrême et omniprésence infuse. Il parvient, grâce notamment à son phrasé si reconnaissable, à bâtir un personnage-somme, à la fois minimaliste et pluriel, métaphorique et concret. Face à lui, les jeunes Timothée Vom Dorp et Théo Van de Voorde épatent par leur qualité d’interprétation et leur compréhension des thématiques en présence. Tous deux constituent d’ailleurs une forme de prolongement de Gilles Marchand ; l’œuvre en question étant librement inspirée des voyages qu’il faisait avec son frère pour rejoindre leur père, lequel séjournait à l’étranger. Dans la forêt se vit donc à travers le regard curieux et apeuré du petit Tom, tétanisé face à l’inconnu, aux bois et à cet être maléfique, affublé d’un visage perforé, qui hante ses visions avec l’aplomb d’un Freddy Krueger.

Le climat se dégageant de l’ensemble, soutenu par la belle photo de Jeanne Lapoire (Michael Kohlhaaas, Eastern Boys), est imparable. D’emblée, il fait bon se perdre entre les arbres et revisiter une énième fois le mythe de la forêt vivante, ensorcelée, possédée. A ce jeu, Gilles Marchand excelle, sûrement parce qu’il connaît tous ses classiques, littéraires (bonjour Stephen King) comme cinématographiques. D’un plan à l’autre, les clins d’œil sont égrenés, adroitement. On pense à John Boorman, au Village de Shyamalan, à la mythologie de Miyazaki… L’amour du réalisateur pour le genre est contagieux et sa lyophilisation des émotions d’autant plus passionnante qu’elle rend l’effroi plus tranchant. Il n’empêche qu’on aurait souhaité qu’il parvienne à transcender les schémas balisés, les images rebattues, pour aller encore plus loin. Au fil d’un récit qui peine à se réinventer et dont la finalité manque d’enjeu, un sentiment de frustration s’installe en effet pour triompher dans une conclusion dédouanée de toute explication. Un peu comme un super cauchemar dont on aurait aimé s’extraire moins vite pour mieux en saisir la portée.

Mehdi Omaïs

 

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