Critique : American Honey

honeyDe Andrea Arnold avec Sasha Lane, Shia LaBeouf et

La note des Cinévores : 1étoile

« We found love in a hopeless place… » Le son jaillit des enceintes d’un supermarché, quelque part dans les viscères putrides d’une Amérique oubliée. La voix suave de Rihanna parcourt les rayons de part en part et ses mots, prémonitoires, achèvent fissa de prendre tout leur sens pour Star, l’héroïne du nouveau long métrage de la britannique Andrea Arnold. Car oui, comme le scande le tube planétaire de la princesse barbadienne, il arrive parfois de trouver l’amour dans des endroits où l’espoir a depuis longtemps débarrassé le plancher. Là, érigée avec une dégaine grunge évoquant celle de la chanteuse Linda Perry, période 4 Non Blondes, la jeune femme entend son coeur battre la chamade pour Jake (Shia LaBeouf). Comme elle, cet éphèbe destroy, croisé fortuitement, est indomptable, instable. Il se meut au gré du hasard, tel un électron libre prêt guerroyer contre la vie tout en la célébrant. Impatient aussi de trouver sa place dans ce vaste monde, qu’il sillonne, entre fêtes arrosées et sexe libéré, pour écouler des magazines.

Il n’en faut pas plus à Star, dommage collatéral d’une famille dysfonctionnelle, pour gonfler les rangs de cette (joyeuse ?) équipe. La première demi-heure d’American Honey (Cf. la chanson de Lady Antebellum), visuellement saisissante, pose dans un tintamarre minutieux les fondations de ce qu’on imagine d’emblée comme une œuvre engageante. Entre la fougue de la comédienne Sasha Lane, les mouvements de caméra à la fois nerveux et aériens et la perspective d’un road trip libertaire, les promesses sont plurielles. Hélas, leur concrétisation ne se fera jamais, malgré 2h et 42 minutes d’intrigue. Là où les héros de Sur la route de Jack Kerouac (ainsi que tous les disciples de la Beat Generation) aspiraient à une forme d’idéal, d’exaltation, allant jusqu’à fracturer les codes sociétaux et inspirer les mouvements de mai 68, ceux d’American Honey ne sont stimulés que par leur propre médiocrité. Grand corps compact de jeunes adultes, suivant dans une débilité assourdissante leur trajectoire dénuée de rêve et d’absolu.

Soit ! Dresser le portrait d’une génération perdue, échouant à recréer dans son van ce que ses aînés ont connu, était une belle idée. Une façon comme une autre de signifier, à bien des échelles métaphoriques, la mort de l’horizon pour une partie de la jeunesse américaine. Ce constat n’aurait cependant pu trouver sa force à l’écran que si la cinéaste, malheureusement trop soucieuse de sa mise en scène aux tics arty, s’était un peu oubliée au profit de ses inexistants personnages. Jamais la belle Star ne dépasse en effet son statut d’archétype d’une jeunesse en perdition. Aucune ligne de dialogue, aucune situation ne nous rattache à elle… Sûrement parce que cette dernière est filmée comme une figure quasi immatérielle et non comme un être de chair et de sang. Alors oui, on valide le format 4/3 adopté, qui, à défaut d’ouvrir les chakras, réduit les grands espaces parcourus et enferme encore plus les héros dans un futur incertain. Mais on ne pardonne aucunement ce tel désintérêt de la part d’Arnold pour une héroïne qui aurait quand même mérité bien plus que d’être traitée comme une figurante de clip country

Mehdi Omaïs

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